jeudi 1 février 2018

Fin de la parenthèse

Seabearstein, peintre et amateur de femmes, reste enfermé quatre jours dans un hôtel particulier en compagnie de quatre jeunes filles afin de tenter de décryogéniser Salvador Dali par des mises en scène de ses tableaux. Une interrogation sur la vie, sur les pouvoirs de l'art et de l'amour, qui atteint son paroxysme lorsqu'il retrouve, au terme de son expérience, un Paris dévasté par la violence.



Seaberstein revient de son exil volontaire. Retour en France. Retour à Paris. Farida Khelfa, responsable du Centre Dalinien pour le Futur, lui propose une expérience particulière : s'enfermer avec quatre modèles pendant quatre jours et les dessiner. « Tu crois qu'il va réussir à faire bosser quatre filles à poil en vase clos pendant quatre jours et quatre nuits sans retirer ses vêtements ? » (p. 37) Un peu comme l'avait fait Salvador DaliDali dont le corps n'a pas disparu : il est cryogénisé et son réveil doit être le clou d'un défilé de mode très attendu. Dans un hôtel particulier, Seaberstein et quatre jeunes filles vivent une expérience coupée de l'actualité, entre nudité, champignons hallucinogènes et plongée dans l'univers du grand maître espagnol. Pendant ce temps, le monde continue sa course folle et meurtrière : alors que Seaberstein crée, des hommes massacrent et la réalité se fait coupante.
La nudité explose dans cette oeuvre : les modèles déambulent (presque) sans pudeur et sans vêtement alors que Seaberstein reste habillé. le contraste entre peau nue et peau vêtue n'en est que plus grand. Et même habillé, le corps ne semble pas couvert. Sfar dessine des corps pointus et anguleux. Même les silhouettes corpulentes semblent tranchantes, comme si le corps devait marquer nettement ses contours et ses limites pour exister. 
En ouvrant cette bande dessinée, je m'attendais plus ou moins à une suite de Tu n'as rien à craindre de moi et des amours douces-amères de l'artiste Seaberstein. Ici, il est beaucoup moins question d'amour. Plutôt de sexe, de religion, de folie et de création. « le livre dessiné que vous tenez en mains n'est que la transcription d'une expérience réelle, vécue à Paris l'an dernier par quatre modèles et un dessinateur. » (p. 6) Psychédélique et fantasmagorique, cette oeuvre nous plonge dans les tableaux de Salvador Dali : on les voit presque mieux quand ils sont dessinés par Joann Sfar. Ils semblent moins impressionnants, toujours aussi étranges, mais peut-être moins hermétiques. On a en tout cas envie de courir les revoir à L'espace Dali. Peut-être pourra-t-on alors apercevoir la silhouette du peintre, quelque part…

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