mardi 14 mars 2017

“L’Open space m’a tuer” (sic) – d’Alexandre des Isnards & Thomas Zuber


Vous êtes un(e) jeune cadre ambitieux actif dans une entreprise high tech ? Vous ne pouvez pas vivre plus de 2 h sans smartphone ni sans laptop ? Précipitez-vous sur ce bouquin : il est écrit pour vous ! 
Vous êtes assistant(e) de direction tout juste sorti(e) d’une grande école et plein(e) d'enthousiasme ?  Vous allez déchanter. Ou peut-être êtes-vous le patron, génial bien sûr, d’une agence de pub’ ? Vous saurez enfin ce que vos employés ‘si dévoués et si souriants’ colportent comme ragots dès que vous avez le dos tourné.
Au travers d’anecdotes puisées dans le monde des affaires, les auteurs nous montrent la face cachée de ces entreprises modernes et dynamiquesl’open space (1) règne en maître : plus question de discrétion ou d’intimité dans un bureau fermé. Désormais, tout se voit, se sait, se dit et s’épie. Les employés s’observent jalousement en attendant la faute, le burn out ou le C4 d’un collègue pour espérer prendre sa place ou lorgner une promotion.
Finis les temps libres ou les weekends salvateurs : le cadre est désormais taillable et corvéable 24 h/24 dans une société où tous les coups sont permis, surtout les plus tordus. Seul refuge : la machine à café qui sert parfois de défouloir. Mais, ici aussi, méfiance, les murs ont des oreilles…
Le pire c’est que rien n’est exagéré. En commençant par ce franglais devenu la norme dans toute entreprise branchée : ‘Guys, il  faut poursuivre le cost cutting pour atteindre l’ebitda’ ou bien ‘Marc, tu dois mieux customiser ton power point en fonction de nos targets’ Vous en voulez encore ? No problem : ‘Si le trend se poursuit, on va manquer de cash flow’…      
Quant à votre chef, pardon votre N+1 ou, mieux votre coach, si compréhensif et que tout le monde tutoie en meeting ou en team building, il n’hésitera pas une seule seconde à vous virer comme un malpropre si votre mid-year review n’est pas successful ou si sa carrière est en jeu.
C’est bien écrit et bien documenté – ça sent le vécu – c’est souvent drôle mais aussi terriblement cynique. C’est mieux (ou plutôt pire) qu’au cinéma : toute coïncidence avec des situations ou des entreprises ayant existé ne serait pas ici pure coïncidence…

(1)   en français et si nécessaire : l’open space est un bureau paysager sans cloison entre employés


andre.michotte@skynet.be – 15 mars 2017

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