mardi 22 mars 2016

De quoi dépend notre futur?

Aujourd'hui, fin d'après-midi, le moral en berne, j'entre dans ma librairie de quartier afin de tenter de me changer les idées. Sur les tables des piles de livres .
Je suis bibliothécaire, lorsque je rentre dans une librairie, je suis un peu comme un pharmacien dans une officine : je sais ce dont j'ai besoin.
Et ce dont j'ai besoin c'est un livre qui me permette d'aller au-delà de ce désastre. Non pas un livre qui analyse le désastre, non! un livre qui me permette de le transcender, pour me donner la force de continuer à aimer la vie.

Je feuillette Popa Singer de René Depestre, je feuillette un livre sur la permaculture, je feuillette La vie avec Lacan de Catherine Millot, je feuillette des albums jeunesse... Et puis, non, rien ne me convient. Tout me semble triste, terne et délavé.
M’apprêtant à sortir, mon regard est attiré par un livre bleu. Un bleu qui me fait du bien, le bleu du ciel sans nuage du mois de juin. Je m’empare du livre et lis le titre : Pourquoi notre futur dépend des bibliothèques, de la lecture et de l'imagination de Neil Gaiman. Déjà à la lecture de ce titre je sens mon cœur qui s'allège. Je continue ma lecture :"Il est important que les gens précisent dans quel camp ils se rangent et pourquoi, et s'ils pourraient être de parti pris. Une déclaration d'intérêts de la part des membres en quelque sorte. Donc, je vais vous parler de lecture. Je vais vous dire que les bibliothèques sont importantes. Je vais vous suggérer que lire de la fiction, lire pour le plaisir, est une des plus importantes activités à laquelle on puisse s'adonner. Je vais lancer un appel passionné pour que des gens comprennent ce que sont les bibliothèques et les bibliothécaires, et qu'il faut les préserver. " Je suis conquise, j'ai trouvé mon livre, je saute quelques pages et poursuis ma lecture :  
"(...)la façon la plus simple de s'assurer que nous élevons des enfants instruits est de leur apprendre à lire et de leur montrer que la lecture est une activité agréable. Et cela signifie, à la base, trouver des livres qui leur plaisent, leur donner accès à ces livres et les laisser les lire. Je ne crois pas qu'il existe de mauvais livre pour enfant(...) ne découragez pas les enfants de lire parce que vous estimez qu'ils ne lisent pas ce qu'il faudrait.(...) Deuxième rôle de la fiction, elle développe l'empathie. L'empathie est un outil qui construit des groupes à partir des gens, afin de nous permettre de fonctionner comme plus que de simples individus préoccupés d'eux-mêmes.(...) les bibliothèques sont une affaire de liberté. Liberté de lire, liberté d'idées, liberté de communication. C'est une affaire d'éducation, de distraction, de création d'espaces protégés et d'accès à l'information." 
Malgré le sinistre de la journée et malgré tout le malheur de notre époque, à la lecture de ces quelques pages, j'ai ressenti un instant de plénitude. Oui, il existe des gens bien, oui nous pouvons résister et la lecture, l'éducation et l'empathie sont sûrement parmi nos meilleures armes.




Ce court texte est une édition gratuite offerte par Neil Gaiman et les éditions Au diable vauvert. Il s'agit de la retranscription intégrale d'une conférence donnée le 14 octobre 2013 par Neil Gaiman à l'invitation de la Reading Agency au Barbican Centre de Londres.

L'intégralité du texte est consultable en ligne à l'adresse suivante : http://www.crlbn.fr/wp-content/uploads/2014/12/Neil-Gaiman_Pourquoi-notre-futur-depend-des-bibliotheques_2014.pdf

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