jeudi 12 mars 2015

La liberté d'une femme Yéménite



"Au Yémen, une femme est définie essentiellement par le fait qu'elle soit mère ou épouse. Les célibataires comme moi sont vues comme des femmes incomplètes et font un peu pitié.
Le pire, c'est que tout le monde se met à te chercher un mari … l'horreur."




    





Intisar vit au Yémen, c'est une femme moderne. Elle travaille comme médecin dans un hôpital, elle fume, elle conduit une voiture... pourtant , elle porte le niqab et elle vit, comme toutes les femmes de la famille, sous la coupe d'un wali*.

La voiture d'Intisar, bande dessinée, qui a remporté le 19e prix France Info de la BD montre bien la complexité et la difficulté d'être une femme au Yémen.
Et pourtant cette BD n'a pas été écrite par une femme, mais par un homme...

En septembre 2009, Pedro Riera et sa femme débarquent pour un an au Yémen. On les avait prévenus, mais ils demeurent choqués en découvrant une société où hommes et femmes jamais ne se croisent.
C'est en découvrant cette réalité que Pedro Riera décide d'écrire ce livre : "C'est à ce moment que nous avons commencé à faire des recherches sur cet univers passionnant mais hermétique des femmes du Yémen, avec l'intention d'en faire un livre. Nous avons donc réalisé une quarantaine d'entretiens avec des femmes yéménites. Parmi tous les témoignages que nous avons recueillis, une demi-douzaine d'histoires personnelles auraient pu servir pour écrire cet album, mais il y avait un risque : si un homme reconnaissait sa femme, sa sœur ou sa fille dans le personnage principal du roman graphique, et le prenait comme une atteinte à son honneur, elle se serait retrouvée en danger. C'est la raison pour laquelle j'ai choisi d'écrire un scénario en le construisant à partir de fragments d'histoires et d'anecdotes que j'ai consignées (...) tout au long de mon séjour au Yémen."
Si Intisar est un pur personnage de fiction elle est aussi, en quelque sorte, bien réelle, puisque qu'elle est l'incarnation de centaine de témoignages de femmes yéménites. C'est sans doute pourquoi cette bande dessinée est tant réussie. Elle dépasse les clichés en nous plongeant dans la réalité d'un pays et d'une condition. Ainsi saviez-vous que porter le niqab peut avoir des avantages et que beaucoup de femmes s'en servent pour garder un peu de liberté : "ça permet de faire des choses interdites sans que personne ne le sache." raconte Intisar.
Et si cette bande dessinée ne nous donne pas pour autant envie de porter le niqab, elle nous donne à réfléchir avec intelligence et sensibilité sur ce beau nom de liberté.


*Wali : Au yémen, les femmes dépendent d'un wali. Généralement c'est un homme de la famille. Wali signifie "gardien", c'est lui qui donne aux femmes la permission de faire les choses.























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