mercredi 25 janvier 2012

Le Kamishibaï


Connaissez-vous le kamishibaï ? Le kamishibaï signifie littéralement : « jeu théâtral en papier ». Il s’agit d’un outil de conte japonais, d’une technique narrative particulière. L’artiste ou le conteur fait défiler des images dans un petit théâtre en bois, à deux ou trois portes, appelé le « butaï » (littéralement : scène). Ces images qui défilent une à une, forment dans leur ensemble une histoire, chacune d’entre elles illustrant un épisode de celle-ci. Les images sont imprimées ou dessinées sur des planches. Le conteur tourne le recto d’une planche vers le public. Ce recto est entièrement couvert par l’image. Le verso, lui, est réservé au texte, une reproduction miniature de l’image y est reproduite.



Le kamishibaï se rapproche du théâtre de Guignol, les images remplaçant les marionnettes.

Un peu d’histoire

A partir de la fin des années 20, ce fut une période intense de développement du kamishibaï… De nombreux conteurs « kamishibaïya » sillonnaient le Japon sur leur vélo. Ils gagnaient leur vie en vendant des confiseries aux enfants, telles que des sucettes à l’eau « Mizuamé » et proposaient des histoires à épisodes, afin de fidéliser leur public. Dans la même lignée, il y avait à l’époque le cinéma muet : les récitants, ou « Benshi » installés devant l’écran, commentaient les images avec passion. Ils se retrouvèrent au chômage à l’arrivée du cinéma parlant, et beaucoup se convertirent alors au Kamishibaï. Le « théâtre de pauvre » qu’était le kamishibaï, était bien adapté aux conditions techniques minimalistes conséquentes à la grande crise économique.




Pendant la période de poussée nationaliste et la guerre, le kamishibaï fut utilisé comme support de propagande. C’est à cette époque que se développèrent les premiers kamishibaï imprimés, au contenu pédagogique et éducatif.

Après la seconde guerre mondiale, le parti communisme utilisa le kamishibaï comme outil pour répandre ses idées et remettre en cause l’occupation américaine. La police militaire dut même faire interdire certains programmes trop engagés à son goût.

A partir des années 50, arriva la télévision et on appela celle-ci « denki kamishibaï » : « kamishibaï » électrifié. Le Kamishibaï commence peu à peu à être révolu, et à être le symbole de la pauvreté. Les illustrateurs de cette génération se reconvertirent alors dans le manga.

Depuis les années 70 cependant, le Kamishibai connaît un nouvel essor. Il s’est répandu dans le monde et se rattache aujourd’hui au domaine du théâtre d’objet ou d’effigie. Il permet en outre de proposer des spectacles peu onéreux. Désormais, les bibliothécaires mais aussi quelques compagnies professionnelles de théâtre et marionnettes proposent des spectacles mettant en jeu la technique du kamishibaï.

mercredi 18 janvier 2012

Bientôt le nouvel an chinois...


« Il n'est jamais trop tôt pour renvoyer les dieux ni jamais trop tard pour leur demander de revenir. » (Proverbe chinois dit le quatrième jour des festivités de l’année nouvelle)

Ce lundi 23 janvier 2012, les chinois fêteront leur nouvelle année selon leur calendrier luni-solaire. Cette année se déroulera sous le signe du dragon. Le nouvel an chinois marque le début de la fête du printemps, fête qui s’étale sur 15 jours. Cette fête est sans nul doute la plus importante pour les communautés chinoises à travers le monde. C’est l’occasion pour les familles de se réunir dans la maison paternelle, selon les lois et traditions du patriarcat.

L’origine de cet évènement remonte à plusieurs milliers d’années, au cours desquelles se sont tissées toutes sortes de légendes. Une des plus célèbres d’entre elles est celle de Nien, un monstre cruel et vorace qui, disaient les chinois, dévoraient les gens la veille du nouvel an. Pour l’éloigner des foyers, on affichait de chaque côté de la porte d’entrée un papier rouge sur lequel était écrit un vers, car Nien, disait-on, craignait le rouge, la lumière et le bruit. On allumait des torches et claquait des pétards. Aujourd’hui, ces traditions sont toujours vivantes. Le lendemain, chacun se félicite d’avoir écarté Nien pour un an. La veille, sont distribuées aux plus jeunes des enveloppes rouges censées porter bonheur, dans lesquelles il y a de l’argent. C’est l’occasion aussi pour les familles de se réconcilier et de balayer les rancunes passées.

Les festivités, quant-à-elles, débutent dès le 24e jour du mois, lorsque les dieux montent au ciel pour rendre hommage à l’empereur de Jade, la divinité taoïque suprême, afin de lui faire un rapport sur chaque famille. Ces dieux sont honorés : on leur brûle de la monnaie votive qui aide aux dépenses de leur périple céleste. Des formules poétiques dits : « vœux de printemps », sont accrochées partout dans la maison.

Une des activités les plus populaires de cette fête est certainement la danse du dragon et du lion. Ces deux animaux sont censés éloigner les esprits malins. Par ailleurs le déploiement agile des danseurs offre toujours un spectacle très apprécié.

Le deuxième jour est celui des femmes mariées : elles retournent dans leurs propres familles. Si ce sont de toutes jeunes mariées, le mari les accompagne et offre quelques cadeaux à ses beaux-parents.

Le troisième jour est celui où les souris marient leurs filles ! Aussi, la veille, tout le monde se couche tôt pour permettre aux souris de fêter tranquillement leurs noces.

Dans l’après-midi du quatrième jour, on prépare des offrandes et des victuailles pour accueillir le dieu du foyer qui revient de son voyage céleste. C’est aussi la fin d’une liberté, d’une vie sans la surveillance des dieux.

Le neuvième jour, d’autres offrandes sont présentées dans les cours du temple pour fêter la naissance de l’empereur de Jade.

L’année du dragon

Cette année sera celle du dragon. Le dragon est un des douze animaux qui apparaît dans l’astrologie chinoise. Le dragon est le symbole de l’empereur chinois. Car le trône de l’empereur était nommé anciennement « le trône du dragon ». C’est aussi l’un des signes les plus populaires : durant les années du dragon, on observe toujours une augmentation du taux de naissance, les parents voulant avoir un enfant de ce signe. Des campagnes publiques cherchent à les en décourager, insistant par exemple sur la plus grande concurrence que les élèves Dragon rencontreront lors de leurs concours au collège ou à l’université. Selon l’astrologie chinoise, les personnes nées sous le signe du dragon sont idéalistes et perfectionnistes. Elles sont également agressives et déterminées. Faire ce qu’elles veulent est chez elles une seconde nature. Le dragon est également décrit comme excentrique, philanthrope, mondain.

Alors, n’oublions pas d’être idéaliste pour cette année du dragon !

mercredi 11 janvier 2012

A Dangerous Method


Délaissant le temps d’un film son genre de prédilection, (l’horreur et la science-fiction), le réalisateur canadien David Cronenberg nous propose ici un film adapté d’une pièce de théâtre, (The talking cure), dont le thème est le début de la méthode psychanalytique, (la thérapie par la parole). Mais A Dangerous Method traite aussi des rapports houleux entre un médecin et sa patiente, et des rapports de force entre les précurseurs d’un même courant. A Dangerous Method c’est en fait le triangle que forment Sigmund Freud, Carl Jung et Sabina Spielrein, tous trois fondateurs de la psychanalyse.

Le film débute à Zurich, en 1904. Carl Jung, alors âgé de 29 ans, débute sa carrière de médecin aux côtés de son épouse. Une jeune patiente diagnostiquée hystérique est envoyée dans sa clinique. Des les premiers plans du film, nous découvrons à l’intérieur de la calèche qui la mène à sa destination, la jeune Sabina Spielrein, dont le visage est déformé par la colère et la rage, occupée à hurler. Le rôle est campé avec brio par l’actrice Keira Knightley, qui n’hésite pas à jouer l’hystérie telle qu’elle était représentée au début du vingtième siècle. Le jeu de l’actrice est impressionnant et intéressant, car il tranche avec la manière académique dont jouent Viggo Mortensen (Freud) et Michaël Fassbender (Carl Jung). Leur manière de jouer est en adéquation avec la société étouffante et petite bourgeoise de l’époque, tandis que le jeu de Keira Knightley montre à quel point une société étriquée peut donner lieu à des crises d’hystérie.

Avec sa jeune patiente, Carl Jung décide d’expérimenter la méthode préconisée par Freud, c’est-à-dire la thérapie par la parole. Ainsi, dès sa première séance, Sabina confie qu’elle fut battue par son père. Le spectateur peut regretter à ce moment du film que la patiente rentre si facilement dans le jeu de la confidence. En effet, on peut s’imaginer qu’à l’époque, l’idée d’être soignée grâce au simple fait de parler pouvait paraître saugrenue, et qu’il fallait plus de temps pour se laisser aller. Cependant, au fil du temps, le spectateur apprend à connaître une Sabina Spielrein plus détendue et confiante, se révélant être une excellente élève en médecine. Des liens se tissent entre elle et son docteur.

Parallèlement à cela, nous découvrons aussi la grande complicité qui naît entre Car Jung et Sigmund Freud, grâce à la correspondance qu’ils entretiennent autour du cas « Sabina S ». C’est sous l’influence de Otto Gross, patient drogué et amoral que Freud lui a adressé, que le jeune Jung balaye sa propre éthique, cède à la tentation, et devient l’amant de Sabina Spielrein. Sabina Spielrein, elle, connaît les deux face d’une médaille : d’un côté patiente hystérique, et de l’autre jeune médecin, elle tirera également son épingle du jeu.

De tous ces événements, le spectateur sera amené à comprendre comment Freud et Jung interrompirent leur amitié et se séparèrent à cause de leurs conviction différentes. Le spectateur sera amené à examiner les enjeux « inconscients » qui ont pu animer les protagonistes de cette histoire et qui auront pu déterminer, sans qu’ils s’en rendent compte, leurs décisions. Enfin, le spectateur aura l’occasion d’analyser trois vies au regard de la grande histoire. (A la fin du film se profilent les prémisses inquiétants de la seconde guerre mondiale) .On pourra regretter que le film soit un peu bavard, et n’explore pas assez ce dont il parle : l’hystérie, les pulsions de vie et de mort qui habitent chacun d’entre nous. Le spectateur curieux du procédé psychanalytique et de la lente « guérison » de Sabina Spielrein, (le film s’écoule sur 10 ans), restera un peu sur sa fin. Mais au final, le film est très intéressant, et très réussi dans le sens où il aborde la question de la thérapie par l’angle de la déontologie médicale.

Et puis, rien que pour l’impertinence d’un éblouissant Vincent Cassel dans le rôle d’Otto Gross, ça vaut le coup d’y aller.

Toute l’équipe de votre bibliothèque vous souhaite une bonne année 2012