mardi 20 décembre 2011

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Les bibliothécaires

mercredi 7 décembre 2011

Monsieur Hubert Nyssen nous a quittés


Qui ne connaît pas aujourd’hui les fameux livres oblongs aux couvertures illustrées de la prestigieuse maison d’édition Actes Sud ? Son fondateur, monsieur Hubert Nyssen, nous a quittés récemment, le 12 novembre 2011. Il était chez lui, entourés des siens et de ses livres. Il avait 86 ans. Retour sur la vie d’un homme remarquable…

Hubert Nyssen naît le 11 avril 1925, à Bruxelles. Dès les premières années de sa vie, il se passionne pour l’art du récit, grâce à un instituteur du nom de monsieur Clerck, qui s’est déjà fait une réputation d’écrivain sous le nom d’Albert Ayguesparse. L’instituteur entretient ses jeunes élèves de ses lectures et surtout de celles qu’il leur recommande, selon leurs âges et leurs goûts. Le jeune Hubert, dont la grand-mère est une inlassable conteuse, boit alors les paroles de son instituteur. A cette époque, les conditions semblent déjà réunies pour faire du jeune élève un homme de lettres. Pourtant, ce n’est qu’à plus de 40 ans qu’Hubert Nyssen publiera son premier roman.

Après avoir terminé ses études à l’ULB, le jeune homme décide de se lancer dans la publicité. La guerre est alors terminée, et à cette époque, la publicité est un filon de premier ordre. Au cours de cette guerre, le jeune homme aura perdu une amie très chère : une enseignante dont il était épris, et qui, résistante, fut tuée dans un camp nazi. Ce thème-là sera récurent dans de nombreux livres de l’écrivain. En 1957, il fonde le petit théâtre de Plans, révélant déjà le fabuleux mécène qu’il est : ce n’est autre que la chanteuse Barbara qui y fera ses débuts.

Malgré le succès de ces deux entreprises et une vie déjà bien accomplie, Hubert Nyssen décide, en 1968, de s’en bâtir une autre. Il part s’installer dans le midi, près d’Arles. Là-bas, il ouvre une maison d’éditions cartographiques et se consacre corps et âme à sa passion : l’écriture. En 1973, il sort son premier roman, Le nom de l’arbre, publié chez Grasset. Cet ouvrage est le premier d’une longue série d’autres, qui constitueront une œuvre très riche. C’est pour éditer la quantité de ses autres textes qu’il décide de fonder sa propre maison d’édition Actes Sud. Celle-ci fera remarquablement concurrence au monopole centraliste parisien : comme les écrivains français répugnent à ce moment à paraître en province, Nyssen, à l’instar de son professeur d’école primaire, deviendra un inlassable chercheur de têtes de littérature universelle.

C’est ainsi qu’il décèlera de nombreux talents étrangers qui lui seront reconnaissants. Citons par exemple Paul Auster qu’il aura encouragé à édifier sa propre œuvre. L’auteur lui sera tellement reconnaissant qu’en France, il ne voudra plus être édité ailleurs que chez Actes Sud. Le cas de Nina Berberova est aussi particulièrement exemplaire. Cet auteur rentre en 1985 dans le catalogue avec son roman « l’accompagnatrice ». A cette époque, Nina Berberova a 84 ans et aucun éditeur français ne veut d’elle. Elle devient, grâce à Hubert Nyssen, la coqueluche des lecteurs, à tel point que la ville d’Arles rebaptise Place Nina Berborova, le lieu où s’affaire toujours une grande partie de l’équipe Acte Sud. Yoko Ogawa, Russel Banks, Cess Nooteboomn, Imré Kertesz, autant d’autres noms que le fabuleux découvreur de talents aura découvert.

Le fond épousant la forme, Hubert Nyssen, aura également révélé avoir un goût très sûr en ce qui concerne la présentation de ces livres : un papier de qualité, des couvertures illustrées, et ce format particulier qu’on connaît aux livres d’Acte Sud (10 cm sur 19m). A ce propos, Hubert Nyssen aimait expliquer qu’il avait voulu fabriquer des livres qui tiennent bien dans la main, d’où cet étirement et ce rétrécissement simultanés. Il disait néanmoins moins souvent que, de cette manière, il faisait des économies de papier !

Toujours est-il, qu’Acte Sud est devenu l’un des trois ou quatre éditeurs les plus importants de France. La collection de poche Babel se crée en 1989. Acte Sud junior, en 1995. En 2004, Hubert Nyssen regarde Laurent Ga. Nina Berberova, Yoko Ogawa, Russel Banks, Cess Nooteboomn, Imré Kertesz, autant de noms que le fabuleux découvreur de talents aura découvert Gaudé recevoir le Goncourt pour Le soleil de Scorta, alors qu’il se retire tout doucement de la maison, y laissant quand-même un pied.

Parallèlement à cela, l’écrivain aura construit et nourrit patiemment son œuvre, une des plus cohérentes des lettres françaises contemporaines. Il nous laisse un très bel héritage.